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Cahier des charges CRM : le modèle complet, pour choisir un outil ou le faire développer

11 min de lecture

Un cahier des charges CRM utile tient en une quinzaine de pages et décrit votre façon réelle de vendre : qui utilise l'outil, quelles étapes suit une affaire, quelles données circulent entre quels logiciels, ce qui est indispensable et ce qui peut attendre. Bien écrit, il sert aussi bien à comparer des CRM du marché qu'à faire chiffrer un CRM sur mesure, et c'est précisément ce qui vous permet de choisir entre les deux.

La plupart des modèles en ligne sont publiés par des éditeurs de CRM ou des comparateurs : ils listent des fonctions de catalogue (pipeline, e-mails, tableaux de bord) et vous orientent vers un produit. Ce modèle part de l'autre bout : votre cycle de vente, vos données, vos outils. Il se termine par une grille pour savoir si votre besoin relève du paramétrage ou du développement.

À quoi sert vraiment le document

Un cahier des charges CRM a trois usages, et il doit être écrit pour les trois :

  • obtenir des réponses comparables : deux éditeurs ou deux studios qui lisent le même document doivent chiffrer la même chose ;
  • aligner l'entreprise : la direction veut piloter, les commerciaux veulent saisir vite, la comptabilité veut retrouver la proposition signée. Le document tranche avant le projet, pas pendant ;
  • servir de référence à la recette : chaque exigence doit pouvoir être vérifiée le jour de la livraison.

Si un paragraphe ne sert à aucun de ces trois usages, retirez-le. Pour la méthode générale (rubriques, priorités, exigences vérifiables) appliquée à toute application interne, lisez notre guide rédiger le cahier des charges d'une application interne. Ici, on se concentre sur ce qui est propre à un CRM.

Le modèle en 11 rubriques

N°RubriqueCe qu'elle doit contenir
1Contexte et objectifsPourquoi maintenant, objectifs mesurables, périmètre
2Utilisateurs et rôlesProfils, nombre, terrain ou bureau, droits de chacun
3Cycle de vente réelÉtapes, exceptions, acteurs externes, renouvellements
4Données et outil maîtreObjets, champs clés, règles de doublon, qui est la référence
5Fonctions prioriséesIndispensable, important, confort, hors périmètre
6IntégrationsMessagerie, agenda, devis, ERP, facturation, site, téléphonie
7Reprise des donnéesSources, volumes, qualité, nettoyage, migration de test
8Mobilité et usage terrainTéléphone, tablette, hors connexion, temps de saisie visé
9Sécurité, RGPD, hébergementDroits, journalisation, durées de conservation, localisation
10Pilotage et rapportsLes cinq indicateurs que la direction regarde vraiment
11Projet et réponse attendueBudget, calendrier, formation, réversibilité, format des offres

Les sections suivantes détaillent les rubriques où les cahiers des charges CRM échouent le plus souvent.

Rubrique 1 : des objectifs mesurables, pas des slogans

« Améliorer la relation client » ne se vérifie pas. Écrivez plutôt :

  • réduire le délai de relance après un rendez-vous, aujourd'hui variable, à 48 heures ouvrées pour toutes les affaires ;
  • supprimer la ressaisie des commandes signées dans l'ERP ;
  • connaître le taux de renouvellement des contrats annuels, mois par mois, sans tableur intermédiaire ;
  • donner au commercial, avant chaque visite, l'historique complet du client : commandes, impayés, tickets ouverts.

Trois à cinq objectifs suffisent. Chacun doit permettre de dire, six mois après le lancement, si le projet a réussi.

Rubrique 3 : dessiner le cycle de vente réel

C'est la rubrique qui décide de tout, et celle que les modèles d'éditeurs résument en une ligne (« pipeline personnalisable »). Décrivez :

  • les étapes, avec ce qui fait passer une affaire de l'une à l'autre (un rendez-vous tenu, un devis envoyé, un bon de commande reçu) ;
  • les exceptions : affaires perdues puis relancées, devis multiples, commandes partielles, avenants ;
  • les acteurs extérieurs : prescripteurs, revendeurs, agents, bureaux d'études, qui influencent sans acheter ;
  • les cycles récurrents : renouvellements, maintenance, abonnements, où l'essentiel du chiffre se joue après la première vente ;
  • les appels d'offres, s'il y en a : lots, dates de remise, pièces demandées, résultat.

Le plus simple est un schéma avec cinq à dix boîtes, et une page d'exemples réels anonymisés. Si votre cycle tient dans « prospect, rendez-vous, proposition, signature », un CRM du marché le gère très bien. S'il comporte des réseaux, des prescripteurs ou des renouvellements complexes, c'est un premier signal pour du sur mesure, que nous détaillons dans CRM sur mesure : quand le faire développer.

Rubrique 4 : les données, et qui fait foi

Listez les objets que le CRM manipule et, pour chacun, l'outil maître :

ObjetChamps indispensablesOutil maître proposé
EntrepriseRaison sociale, SIREN, adresse, segmentERP ou CRM, à trancher
ContactNom, fonction, e-mail, téléphone, oppositionCRM
AffaireMontant, étape, date prévue, origineCRM
Devis et commandeNuméro, lignes, statut, montant signéOutil de devis ou ERP
Contrat récurrentÉchéance, montant, conditions de reconductionERP ou CRM, à trancher
ActivitéType, date, auteur, compte renduCRM

Ajoutez les règles de doublon (deux entreprises avec le même SIREN sont la même entreprise ; deux contacts avec le même e-mail aussi) et les champs obligatoires, en les limitant au strict nécessaire. Chaque champ obligatoire de trop est une raison pour un commercial de ne pas saisir.

Rubrique 5 : prioriser sans complaisance

Classez chaque fonction en quatre niveaux : indispensable (sans elle, l'outil ne sert pas), important (attendu dans les trois mois), confort (un jour peut-être), hors périmètre (explicitement exclu). La dernière catégorie est la plus utile : elle évite qu'un prestataire chiffre ce que vous ne voulez pas, et qu'un autre l'oublie.

Rédigez chaque exigence de façon vérifiable. La différence :

Formulation vagueFormulation vérifiable
Saisie mobile simpleUn compte rendu de visite se saisit sur téléphone en moins d'une minute, en trois champs au plus
Relances automatiquesUne tâche de relance est créée à J+2 ouvrés après chaque devis envoyé, assignée à l'auteur du devis
Synchronisation avec l'ERPUne commande signée dans le CRM crée la commande dans l'ERP sans ressaisie, en moins de 15 minutes
Respect du RGPDUn contact marqué « opposé » est exclu de tout envoi, y compris des envois déjà programmés

Rubrique 6 : les intégrations, flux par flux

Une ligne par flux, avec le sens, la fréquence et le déclencheur :

  • messagerie et agenda des commerciaux : quels comptes, quels fournisseurs, synchronisation dans quel sens ;
  • outil de devis : le devis part-il du CRM ou y revient-il ?
  • ERP ou logiciel de facturation : commandes, factures, impayés, conditions de paiement ;
  • formulaires du site et sources de prospects ;
  • téléphonie, si les appels doivent être tracés ;
  • outils marketing : listes, désinscriptions, campagnes.

Pour chaque outil, indiquez s'il expose une API documentée ou seulement des exports. C'est souvent ce point qui fait basculer un projet du paramétrage vers le développement. Le détail technique d'un raccordement est traité dans notre article sur l'intégration d'un CRM et d'un ERP, et la différence entre les deux outils dans ERP ou CRM : quelle différence.

Rubrique 7 : la reprise des données

Indiquez d'où viennent les données (ancien CRM, tableurs, carnets d'adresses, ERP), leurs volumes et leur état : doublons estimés, champs libres détournés, statuts incohérents. Demandez aux prestataires de chiffrer une migration de test, vérifiée par les commerciaux sur leurs propres comptes, avant la bascule définitive. Un CRM qui démarre avec des données fausses perd la confiance de l'équipe en une semaine.

Rubrique 9 : RGPD et prospection, à écrire dans le document

Un CRM est un fichier de données personnelles. Trois exigences à poser dès le cahier des charges :

  • l'origine de chaque contact et la base de la prospection. Selon la CNIL, la prospection par e-mail vers un professionnel est possible si le message concerne sa profession et s'il a été informé et peut s'opposer simplement ; vers un particulier, il faut un consentement préalable ;
  • un statut d'opposition respecté par tous les envois, relances déjà programmées comprises ;
  • des durées de conservation appliquées automatiquement. Le référentiel de la CNIL sur la gestion commerciale retient comme repère trois ans à compter de la collecte ou du dernier contact émanant du prospect.

Précisez aussi les droits par profil (un commercial voit-il les affaires de ses collègues ?), la journalisation des exports et le lieu d'hébergement. Notre article RGPD et application métier détaille ces points. Pour une prospection à l'étranger, la règle du pays du destinataire s'applique : demandez l'avis d'un juriste.

Rubrique 11 : ce que vous attendez des réponses

Imposez un format de réponse, sinon les offres ne se comparent pas :

  • pour chaque exigence, standard, paramétrage ou développement, avec le coût de chacun ;
  • le coût total sur trois à cinq ans : licences ou abonnement, intégrateur, hébergement, maintenance, évolutions ;
  • les conditions de sortie : export complet des données, format, délai, et pour un développement, des droits sur le code définis au cas par cas dans le contrat ;
  • un planning avec une première version utilisable rapidement.

Notre guide pour comparer des devis de développement vous aidera à lire les réponses.

La grille de lecture : paramétrer, étendre ou développer

Une fois les réponses reçues, classez vos exigences indispensables :

Ce que disent les réponsesCe que cela suggère
Presque tout est standard chez plusieurs éditeursCRM du marché, bien paramétré
Le standard couvre le cœur, un flux ou un portail manqueCRM du marché et un module sur mesure à côté
Le cycle de vente demande des contournements partoutCRM sur mesure, ou socle métier sur mesure
Les intégrations clés n'existent pas et l'ERP n'a pas d'APIÉtudier d'abord l'intégration, puis décider

Pour le budget d'un CRM développé, lisez notre article sur le prix d'un CRM sur mesure.

Les erreurs les plus fréquentes

  • Recopier le catalogue d'un éditeur. Le document décrit alors un produit existant, et toutes les réponses se ressemblent.
  • Oublier les commerciaux de terrain. Ce sont eux qui saisissent ; un outil qu'ils évitent ne contient rien.
  • Ne pas désigner d'outil maître. Deux outils qui modifient le même client finissent toujours par se contredire.
  • Sous-estimer la reprise. Nettoyer les données prend souvent plus de temps que paramétrer l'outil.
  • Tout mettre en indispensable. Sans priorités, le chiffrage gonfle et la première version arrive tard.
  • Écrire la solution. « Un bouton vert en haut à droite » ferme des options ; décrivez le besoin, laissez le prestataire proposer.

La checklist avant envoi

  1. Le cycle de vente est dessiné, avec au moins trois exceptions réelles.
  2. Chaque objet de données a un outil maître.
  3. Chaque exigence est classée et vérifiable.
  4. Chaque flux d'intégration a un sens, une fréquence, un déclencheur.
  5. Les volumes et la qualité des données à reprendre sont décrits.
  6. Les règles RGPD (origine, opposition, conservation) sont écrites.
  7. Le format de réponse attendu est imposé.
  8. Trois commerciaux ont relu le document.

Et si vous voyiez le CRM avant de choisir ?

Un cahier des charges reste un texte, et chacun le lit avec ses propres images. Le moyen le plus sûr de vérifier qu'il dit la bonne chose est de le confronter à des écrans. Pour la partie spécifique de votre CRM (l'écran de visite, le suivi des renouvellements, le portail des revendeurs), nous construisons un prototype gratuit, présenté en visio sous 5 jours ouvrés, à partir de votre document ou même d'une simple conversation. La démarche est expliquée dans voir son logiciel avant de le payer.

Questions fréquentes

Combien de pages doit faire un cahier des charges CRM ?

Entre dix et vingt pages suffisent pour une PME, annexes comprises. Ce qui compte n'est pas la longueur mais la précision : un cycle de vente décrit avec ses exceptions, une liste de données avec leur outil maître, des exigences vérifiables et priorisées. Un document de cinquante pages rempli de fonctions génériques se chiffre moins bien qu'un document court et concret.

Qui doit rédiger le cahier des charges du CRM ?

Un responsable unique, souvent le directeur commercial ou le dirigeant, qui tient la plume et arbitre. Il doit interroger au moins trois commerciaux de terrain, l'administration des ventes, la comptabilité et la personne qui gère les outils. Un CRM rédigé par la seule direction décrit le pilotage voulu, rarement le travail réel de ceux qui saisiront.

Le même cahier des charges sert-il pour un CRM du marché et un CRM sur mesure ?

Oui, s'il décrit des besoins et non des solutions. Un éditeur y répondra en indiquant ce qui est standard, paramétrable ou à développer ; un studio de développement y répondra par une conception et un chiffrage. C'est justement ce qui permet de comparer les deux voies sur une base commune, au lieu de comparer des catalogues.

Faut-il joindre un export de nos données actuelles ?

Oui, un échantillon anonymisé ou une description précise des volumes et de la qualité : nombre de contacts, d'entreprises, d'affaires, doublons estimés, champs mal remplis. La reprise de données est souvent le poste le plus sous-estimé d'un projet CRM. Sans ces éléments, chaque prestataire suppose des données propres, et les devis deviennent incomparables.

Combien de temps faut-il pour écrire un cahier des charges CRM ?

Comptez en général deux à quatre semaines de calendrier pour une PME, dont quelques jours de travail effectif : entretiens avec les utilisateurs, dessin du cycle de vente, inventaire des données et des outils, puis rédaction et relecture. Le délai vient surtout de la disponibilité des commerciaux et des arbitrages de la direction, pas de l'écriture elle-même.